Beurre de savane

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Qui produit le karité ? Les pays producteurs en chiffres

Plus de 800 000 tonnes de noix par an pour sept pays seulement, selon les statistiques internationales. Derrière ce total se cachent des millions de récoltes familiales, des estimations prudentes et une courbe qui a presque quintuplé en soixante ans. Lecture commentée des chiffres.

Sacs de toile de jute remplis de grains et paniers tressés devant une échoppe

Fin août, sur un marché du nord du Ghana, les sacs de jute remplis d'amandes sèches s'empilent contre les murs des entrepôts. Des femmes arrivent à pied ou en tricycle avec quelques bassines, un intermédiaire pèse, discute, note au crayon dans un cahier. C'est à cette échelle, des milliers de petites ventes, que se construit la production de karité.

Mesurer cette production n'a donc rien de simple. Les fruits ne viennent pas de plantations recensées mais d'arbres dispersés dans les champs, ramassés au sol par des familles qui en gardent une partie pour leur propre cuisine.

D'où viennent les chiffres

La source de référence est FAOSTAT, la base statistique de la FAO, qui suit une série intitulée « Karite nuts (sheanuts) ». Elle compte des noix, et non du beurre. Les dernières données, publiées en décembre 2025, couvrent l'année 2024.

Deux limites sont à garder en tête. FAOSTAT ne publie que sept pays : le Sénégal, la Guinée, le Tchad ou l'Ouganda, où le karité pousse pourtant, n'y figurent pas. Et beaucoup de valeurs sont des estimations, faute d'enquêtes nationales régulières. Les chiffres qui suivent sont des ordres de grandeur, pas une comptabilité au sac près.

Le Nigeria loin devant

Pour 2024, les sept pays suivis totalisent environ 830 000 tonnes de noix. Le graphique ci-dessous les classe par volume.

Production de noix de karité en 2024, par pays (total des sept pays : 830 000 t)
Nigeria : 358 609 t en 2024Nigeria359 000 t · 43 %Mali : 197 967 t en 2024Mali198 000 t · 24 %Burkina Faso : 105 853 t en 2024Burkina Faso106 000 t · 13 %Bénin : 86 292 t en 2024Bénin86 000 t · 10 %Ghana : 34 928 t en 2024Ghana35 000 t · 4 %Côte d'Ivoire : 33 066 t en 2024Côte d'Ivoire33 000 t · 4 %Togo : 13 695 t en 2024Togo14 000 t · 2 %
Voir les données
PaysTonnes
Nigeria358 609
Mali197 967
Burkina Faso105 853
Bénin86 292
Ghana34 928
Côte d'Ivoire33 066
Togo13 695

Source : FAOSTAT, « Karite nuts (sheanuts) », production en tonnes de noix, données publiées en décembre 2025. FAOSTAT ne couvre que sept pays producteurs et une partie des valeurs sont des estimations.

Le Nigeria pèse à lui seul autour de 359 000 tonnes, soit plus de quatre noix sur dix. Le Mali suit avec près d'un quart du total, puis le Burkina Faso, autour de 13 %. Le Bénin, le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Togo complètent la liste avec des volumes plus modestes.

Ce classement reflète d'abord l'étendue des savanes où pousse naturellement l'arbre à beurre dans chaque pays et la taille de leur population rurale. Le nord du Nigeria, immense, abrite une part considérable de la ceinture du karité. Le classement dit peu, en revanche, sur le commerce international.

Ce qu'un tonnage de noix ne dit pas

Une noix n'est pas du beurre. Après le dépulpage, la cuisson, le séchage et le décorticage, il reste une amande qui contient environ 45 à 60 % de matière grasse. Par la méthode villageoise, on n'en récupère qu'une partie : la revue de Goumbri et ses collègues (2022) situe le rendement de l'extraction traditionnelle autour de 20 à 35 % de beurre. Les presses à vis font nettement mieux. Les étapes du barattage et de la clarification expliquent cet écart.

Surtout, une grande partie de la récolte ne quitte jamais le pays. Le beurre de karité est la graisse de cuisine ordinaire des campagnes de savane, et il se vend en boules sur tous les marchés locaux. Le Nigeria, premier producteur, consomme ainsi l'essentiel de ses noix.

Le Ghana et le Burkina Faso, eux, comptent parmi les gros exportateurs d'amandes et de beurre. Au Burkina, le karité se place parmi les premiers produits vendus à l'étranger, juste après l'or et le coton.

Soixante ans de courbe

En 1961, ces mêmes sept pays déclaraient ensemble environ 170 000 tonnes. Le total a donc été multiplié par près de cinq en six décennies. La courbe ci-dessous montre cette progression, et surtout ses à-coups.

Production de noix de karité des sept pays suivis par FAOSTAT, 1961-2024 (tonnes)
0 k250 k500 k750 k1 000 k1970198019902000201020201961 : 169 250 t1962 : 175 480 t1963 : 192 000 t1964 : 198 550 t1965 : 212 500 t1966 : 209 235 t1967 : 232 200 t1968 : 234 300 t1969 : 248 500 t1970 : 251 900 t1971 : 252 354 t1972 : 251 000 t1973 : 256 141 t1974 : 260 100 t1975 : 276 370 t1976 : 316 500 t1977 : 305 579 t1978 : 291 885 t1979 : 315 018 t1980 : 346 713 t1981 : 370 816 t1982 : 350 803 t1983 : 363 457 t1984 : 373 636 t1985 : 506 502 t1986 : 379 122 t1987 : 386 178 t1988 : 386 693 t1989 : 528 514 t1990 : 563 064 t1991 : 643 232 t1992 : 643 986 t1993 : 639 347 t1994 : 669 042 t1995 : 719 419 t1996 : 673 460 t1997 : 692 386 t1998 : 686 274 t1999 : 684 968 t2000 : 698 608 t2001 : 694 019 t2002 : 688 643 t2003 : 731 740 t2004 : 732 905 t2005 : 717 626 t2006 : 640 411 t2007 : 777 433 t2008 : 683 848 t2009 : 632 625 t2010 : 628 801 t2011 : 609 276 t2012 : 618 592 t2013 : 611 125 t2014 : 562 059 t2015 : 549 443 t2016 : 723 767 t2017 : 649 061 t2018 : 780 751 t2019 : 888 670 t2020 : 827 547 t2021 : 829 750 t2022 : 862 955 t2023 : 878 209 t2024 : 830 410 t2024 : 830 000 t1961 : 169 000 t
Voir les données
AnnéeTonnes
1965212 500
1970251 900
1975276 370
1980346 713
1985506 502
1990563 064
1995719 419
2000698 608
2005717 626
2010628 801
2015549 443
2020827 547
2024830 410

Source : FAOSTAT, « Karite nuts (sheanuts) », production en tonnes de noix, données publiées en décembre 2025. FAOSTAT ne couvre que sept pays producteurs et une partie des valeurs sont des estimations.

Les dents de scie s'expliquent en partie par l'arbre lui-même. Un karité ne donne une très bonne récolte que tous les trois ou quatre ans, et une saison sèche trop longue ou des feux tardifs peuvent faire chuter la fructification d'une région entière. S'y ajoutent les changements de méthode statistique : une estimation révisée d'un grand pays suffit à faire bondir ou plonger le total.

Bassine de noix de karité versée dans un sac de jute devant des sacs empilés
Ensachage des noix de karité devant le stock, nord du Ghana

La hausse de fond tient à la demande. L'arbre ne se plante guère, mais on ramasse davantage, plus loin, plus systématiquement, à mesure que les acheteurs se multiplient.

Vers quels marchés

À l'export, le premier débouché est de loin l'industrie du chocolat et de la confiserie. Depuis la directive européenne de 2000, le karité figure parmi les six graisses végétales admises dans le chocolat européen, à hauteur de 5 % du poids du produit fini. Les fabricants recherchent surtout sa fraction dure, riche en acide stéarique, dont le comportement se rapproche de celui du beurre de cacao.

La cosmétique, malgré sa visibilité en rayon, ne prend qu'une petite part des volumes. Dans les années 1990 et 2000, les principaux pays importateurs d'amandes étaient européens (Belgique, Danemark, Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni) ainsi que le Japon.

Le grand débat de la filière porte sur la valeur ajoutée. Exporter l'amande brute laisse l'essentiel du bénéfice aux usines de raffinage hors d'Afrique ; transformer sur place, en beurre puis en produits finis, en garde davantage dans les pays producteurs.

Des millions de collectrices

Derrière chaque tonne, il y a surtout des femmes. La Global Shea Alliance, l'association interprofessionnelle qui réunit producteurs, transformateurs et acheteurs, estime qu'environ 16 millions de femmes en Afrique tirent un revenu de la collecte. Le chiffre reste une estimation de la filière, mais il donne l'échelle.

Gravure ancienne d'une caravane faisant halte en brousse, porteurs chargés de ballots près d'un feu
Campement d'une caravane dans la brousse, gravure de Riou pour Binger, 1892.

Ce revenu tombe souvent à un moment utile de l'année et reste généralement entre les mains de celles qui ramassent. Nous revenons sur les groupements de productrices et leurs revenus dans un article dédié.

Pendant la saison, une collectrice ramasse entre 20 et 45 kg de fruits par jour. Elle les rapporte au village dans un panier d'environ 25 kg porté sur la tête, parfois en plusieurs allers-retours avant la chaleur de midi.